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Lutterbach : Le collège ne fait pas la sourde oreille

Le collège du Nonnenbruch accueille, depuis la rentrée, cinq élèves déficients auditifs dans une classe de 6e et trois dans sa Segpa pour leur permettre de suivre une scolarité en milieu ordinaire.

Avant d être nommée directrice de Segpa (section d enseignement général et professionnel adapté) au collège de Lutterbach, Michèle Vogel a travaillé pendant seize ans comme enseignante au Phare, l institut pour déficients sensoriels d Illzach.
C est dire si elle est sensibilisée aux problèmes de scolarisation des enfants malentendants. "Comme je connaissais bien le handicap et que le Phare cherchait un établissement d accueil dans le Sud du Haut-Rhin, une expérience se menant déjà dans le Nord au collège Pfeffel de Colmar, nous sommes entrés en contact", précise-t-elle. C est ainsi qu un pôle d intégration d élèves déficients auditifs s est créé au collège du Nonnenbruch.

Les mêmes cours

La Segpa a innové en accueillant, depuis quelques années déjà, des jeunes du Phare dans ses classes. Mais, pour la première fois, cinq élèves, qui viennent d Altkirch, Cernay, Petite-Fontaine et même de Sainte-Marie-aux-Mines, ont été intégrés dans une sixième ordinaire, la 6eE.
Alexandra, Andréa, Chahinaze, Mélanie et Thomas suivent les mêmes cours, mais bénéficient également de séances avec des orthophonistes et des psychologues du Phare, qui interviennent dans l établissement. Ce n est que pour le français et les maths qu ils quittent leurs camarades pour se retrouver avec des professeurs spécialisés. Le collège met à disposition une aide à la vie scolaire, Laetitia Riss, qui s est initiée au langage des signes, pour les devoirs et certains cours.

"Ils nous apprennent la langue des signes"

Un aide à la communication du Phare traduit, surtout pour Thomas, car le degré de surdité des cinq enfants varie, les explications et consignes en langue des signes. Les autres élèves ne font même plus attention à lui. Les cinq enfants déficients auditifs ne sont pas regroupés dans la salle, au contraire. Le professeur interroge indifféremment tout le monde. C est tout juste si Mélanie, très attentive, fait répéter une question. "Les filles oralisent très bien", confirme l aide.
Thomas non plus n hésite pas à lever le doigt. Il est d ailleurs le seul à trouver pourquoi les villes dont parle le cours de géo ont des noms bizarres : ce sont des villes esquimaudes.
Quand le professeur, Maurice Bruppacher, lui demande de donner le sens du mot "arctique" écrit au tableau, il répond sans faute. L aide à la communication répète toutefois, pour s assurer que toute la classe a compris.
Entre eux, les cinq collégiens communiquent en langue des signes, qui sera considérée comme leur seconde langue, quand ils auront atteint la quatrième. Avec leurs camarades, ils lisent surtout sur les lèvres. Mais "ils nous apprennent la langue des signes, elle nous intéresse. On leur demande souvent comment on dit ceci ou cela", signale Charlène. Pour Andréa, "c est une belle langue. Mes amis, à la maison, veulent toujours que je la leur apprenne".
La difficulté, relève Alexandra, "c est quand plusieurs camarades parlent en même temps, on ne les comprend plus". Sinon "ça se passe bien", de l avis unanime. Même les 6eE n ont découvert qu à la rentrée la particularité de la classe.

Antoinette Ober

 

 

"Une chance pour les autres"

Tous les cours de la 6eE sont traduits dans la langue des signes, pour les élèves déficients auditifs. Les professeurs, parmi lesquels tous n étaient pas volontaires, ont su s'adapter sans problème. « Au début, on peut avoir de l'appréhension, admet Maurice Bruppacher. Mais, le jour de la prérentrée, nous avons eu des informations par le personnel du Phare. » Sa pratique est un peu différente dans cette classe. « J'évite de tourner le dos aux cinq élèves malentendants, car ils utilisent beaucoup la lecture labiale. Je me déplace moins dans la salle, reste plus souvent près du bureau et je m'efforce de parler moins vite. » Même en anglais, l'aide à la communication signe. « C'est surtout pour l'écrit, mais les élèves arrivent aussi à oraliser, » relève-t-il. Quelquefois trois encadrants interviennent : outre le professeur, Giuseppina Rodino, et l'aide, l'assistante de vie scolaire, voire parfois même le professeur de soutien en anglais, Anne Ney qui souligne : « Ça se passe très bien. Les cinq enfants ne posent pas problème. Par contre, d'après ce que j'ai vu et ce qu'on m'a dit, ils sont une chance pour les autres élèves. Car Mme Rodino se trouve à articuler beaucoup plus, à répéter plus souvent, à décomposer les mots et les sons avec ses lèvres, elle utilise aussi le dessin, et tout cela aide aussi les autres. »

 

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Directeur de la publication : Bertrand Niglis
Rédaction : Philippe Delanoue