Quatre lycéens mulhousiens ont remporté un prix
national pour leur travail scientifique sur un curieux instrument
électronique : le thérémine.
Une caisse en bois, deux antennes métalliques, quelques boutons… À
première vue, le thérémine, l’un des premiers instruments de musique
électronique de l’histoire, est d’une simplicité biblique. Mais lorsque
l’on se plonge dans ses entrailles, ce drôle de boîtier est « une mine
de science » , observent Magaly Arnold et Anthony Ropp anciens élèves du collège de Lutterbach en classe de 3e EISE, Thomas Fournier et
Mathieu Vogt.
Dans le cadre d’un concours national baptisé « Les
olympiades de la physique », ces quatre copains, en terminale
scientifique au lycée mulhousien Albert-Schweitzer, se sont penchés sur
la question. Après avoir potassé la documentation existante, ils se sont
retrouvés chaque mercredi après-midi au labo du lycée pour tenter de
reconstituer ces circuits.
Aiguillés par deux enseignants, Marc
Strubel et Nicole Adloff, ainsi que par le préparateur Arnaud Boiron,
ils ont reconstitué leur propre instrument avec un générateur, quelques
fils, quelques composants électroniques et une plaque de fer-blanc. Mais
l’enjeu du concours n’était pas seulement de comprendre et reproduire :
il fallait aussi être en mesure d’expliquer les phénomènes en jeu. « Un
boulot énorme qui dépasse largement le programme de terminale » ,
souligne Marc Strubel.
Alors, finalement le thérémine, comment ça
marche ? Grâce à deux circuits « oscillateurs » , expliquent les
scientifiques en herbe dans leur rapport. Mais encore ? Il faut pour
bien comprendre se pencher sur le fonctionnement de l’un des composants
électroniques : le condensateur.
Cet outil, qui prend généralement
la forme d’un cylindre à deux pattes, permet de stocker entre deux
armatures une charge électrique dépendant de la distance qui les sépare.
Toute l’astuce du thérémine est de remplacer ces deux pôles par une
antenne et la main du musicien.
On y est allé avec deux valises pleines de matériel
En
bougeant, ce dernier modifie la capacité du condensateur, qui modifie
la fréquence du courant, et donc celle de l’onde sonore. CQFD. C’est ce
que l’équipe a expliqué – de manière bien plus détaillée et rigoureuse –
dans une affiche, un mémoire et un exposé présentés en décembre aux
sélections interrégionales, à Dijon.
« On a expliqué le
fonctionnement en allant d’étape en étape, de la main jusqu’au son » ,
raconte Mathieu. « Il y en a un qui ne nous croyait pas et pensait qu’il
y avait un fil » , sourit Anthony. Parmi les neuf groupes candidats
(dont certains intervenaient par écran interposé depuis des
établissements situés à plus de 6000 km de là), trois ont finalement été
retenus, dont les Mulhousiens… qui ont aussitôt recommencé à plancher
pour préparer la finale parisienne. Approfondissement des expériences,
des calculs, étude du rapport entre la position de la main et la note
jouée… De quoi être encore mieux armés pour la finale nationale, le 8
février dernier, dans l’enceinte prestigieuse du Palais de la découverte
à Paris.
« On y est allé avec deux valises pleines de matériel »
, racontent les lycéens, qui avaient pour l’occasion prévu une
présentation digne de l’émission C’est pas sorcier – expériences et
blagues comprises – et un petit air de Beethoven sur l’instrument, dont
le timbre et les modulations rappellent à la fois une scie musicale et
une voix humaine.
À l’issue d’une journée « un peu » stressante,
pour manier l’euphémisme, la proclamation des résultats des 25 candidats
a finalement eu lieu en présence de la spationaute Claudie Haigneré…
par académie et par ordre alphabétique. « Le stress est allé jusqu’au
bout, c’était intenable ! » , se souvient Magaly. Un stress qui s’est
donc achevé en beauté, avec un premier prix.
Auréolés de cette
première victoire, les quatre copains envisagent déjà de se présenter à
d’autres concours… En attendant de poursuivre vers une carrière
scientifique : une fois le bac en poche, trois envisagent de partir en
prépa et le quatrième en médecine.
F.T. - Journal L'Alsace - 22 février 2014
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